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Respiration pour la planète

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Mise à l’eau des balises Argo par les marins de la Barcelona World Race

Une initiative plébiscitée par les skippers

Toute la flotte à grande vitesse… ou presque

Cette journée du 23 janvier devrait logiquement rester dans les annales de la course au large. En effet, c’est la première fois qu’est menée, à l’échelle d’une flotte océanique, une opération de collecte de données scientifiques utiles pour la communauté scientifique et la préservation des océans. Pour une fois, les marins ont une occasion concrète de prouver leur attachement à la cause environnementale.

Souvent en première ligne pour constater les dégâts des inconséquences de l’homme sur son milieu, les skippers de la Barcelona World Race ont eu l’opportunité de témoigner d’une part, d’agir de l’autre pour des résultats tangibles.

Un réseau de 1000 déploiements par an

Ainsi, le programme Argo permet aux chercheurs de regarder sous la surface, en fournissant un profil de la température et de la salinité de l'océan à l'aide d'un réseau mondial de plus de 3 500 flotteurs profileurs se déplaçant de haut en bas dans la colonne d'eau, depuis la surface jusqu'à une profondeur de 2 000 m. Argo met en évidence les caractéristiques et processus de l’océan et du climat à grande échelle, qui échappaient auparavant aux scientifiques. Le réseau facilite des découvertes sur la dynamique de l’océan qui permettent une meilleure compréhension et du climat mondial, et de modéliser ses variations plus précisément. Le maintien de ce réseau est très difficile et nécessite 1 000 déploiements par an. Les flotteurs déployés dans le cadre de la Barcelona World Race sont financés par Coriolis (France). Ce soutien, ainsi que la volonté des skippers de prendre un flotteur à bord et de le déployer là où il sera le plus utile, constituent une contribution inestimable au réseau.

 

Les spécialistes de JCOMMOPS*, qui coordonnent l’entretien du réseau et ont eu l’initiative de ce partenariat novateur, suivaient la course de près afin de leur donner le feu vert au moment le plus approprié. Aujourd’hui les conditions météorologiques permettent un déploiement dans de bonnes conditions, et la position des bateaux est optimale pour placer les flotteurs là où ils seront le plus utiles, dans des zones éloignées où il y a peu de passage, et donc peu de données. Les bateaux en tête, Cheminées Poujoulat, Neutrogena et GAES Centros Auditivos, sont bien en dessous de 34°S – la latitude du Cap de Bonne Esperance, dans les « quarantièmes rugissants ». Les autres sont éparpillés entre 20°S et 33°S. Ils sont idéalement situés pour le programme Argo. Les skippeurs ont été formés avant la course pour pouvoir activer et déployer les flotteurs, et enverront des informations, des vidéos et des photos tout au long de la journée.

 

Vitesses à deux chiffres

Ces instants de pause au milieu de la compétition ont aussi un effet salutaire. Savoir un moment se sortir du caractère obsessionnel de la compétition, être capable de relativiser les enjeux est paradoxalement profitable à la performance. On ressort de ces instants requinqués d’un moral tout neuf. Savoir que l’on peut vivre sa passion tout en faisant œuvre utile pour le milieu naturel dans lequel on évolue a aussi quelque chose de salutaire et parfaitement sain. Ce qu’ont exprimé plusieurs des navigateurs qui ont mis leur balise à l’eau ce vendredi.

 

Côté course, tout le monde ou presque dévale maintenant vers le sud. A l’avant le mano a mano entre Cheminées Poujoulat et Neutrogena tient toutes ses promesses. Ils ne sont plus qu’à un peu plus de 600 milles du méridien du cap des Aiguilles qui marque véritablement l’entrée dans l’océan Indien, programmée pour dimanche.  A bord de GAES Centros Auditivos, Anna Corbella et Gerard Marin démontrent chaque jour qu’ils ne sont pas en aussi bonne place par le fait du hasard. Sébastien Audigane et Jörg Riechers poussent les feux de Renault Captur quand les frères Garcia plongent crânement vers le sud à bonne allure. We Are Water creuse ainsi l’écart sur One Planet One Ocean & Pharmaton et sur Spirit of Hungary qui peine à se débarrasser de cette langue anticyclonique. Nandor Fa et Conrad Colman ont beau profiter encore de l’été austral, il a fort à parier que l’un comme l’autre n’attendent qu’une chose : pouvoir goûter enfin aux frimas des Quarantièmes. Comme quoi, marins et terriens ne sont pas forcément faits du même bois.

 

*  JCOMMPOS : centre de soutien opérationnel des observations de la Commission technique mixte OMM/COI d'océanographie et de météorologie maritime

 

 

Ils ont dit :

Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) :

« Concernant ce type d’opération, je ne suis pas à convaincre ! Cette initiative est vraiment très intéressante. C’est un no man’s land ici, il n’y pas de bateaux qui ont des raisons de suivre la route des vents et des courants. Ce serait donc bête de ne pas profiter de notre passage pour mener ces collectes de données. »

Aleix Gelabert & Didac Costa (One Planet One Ocean & Pharmaton: « Ces bouées Argo existent depuis plusieurs années et sont déployées sur toutes les mers du globe. Mais là où nous allons, il y en a peu et donc peu de données sur les mers du Sud. C’est pour cela que c’est vraiment utile que nous autres skippers nous amenions notre contribution pour connaître de mieux en mieux ces océans sur lesquels nous naviguons et nous courrons. Ils sont les moteurs de la vie de la planète, nous devons les préserver.»

 

Conrad Colman & Nandor Fa (Spirit of Hungary) :

« Aujourd’hui nous avons ôté nos oripeaux de marins pour revêtir nos blouses de laboratoire. Nous avions embarqué des balises Argo au départ de Barcelone avec pour mission de les jeter à l’eau dans des zones peu accessibles au commun des mortels. C’est encore plus le cas pour les bateaux qui sont dans notre sud, car on est encore dans des zones de trafic marchand même si nous n’avons pas vu un bateau ou signe de présence humaine depuis une semaine. »

 

« En tant que navigateurs, nous sommes naturellement sensibles aux changements climatiques et c’est vraiment valorisant de savoir que nous contribuons pendant cette course à une amélioration des connaissances. »

 

Anna Corbella & Gerard Marin (GAES Centros Auditivos) :

« Ça veut vraiment dire beaucoup de choses pour tous les deux de savoir que l’on aide la communauté scientifique en même temps que l’on participe à cette course. Pour Gerard et moi, c’est vraiment quelque chose d’intéressant, on est vraiment heureux de contribuer à ça. On va faire une petite cérémonie au moment de jeter la balise à l’eau. On a envie d’écrire un message dessus, mais on ne sait pas encore bien quoi. »

 

 

Retrouvez toutes les infos sur la course, le classement et la cartographie sur : www.barcelonaworldrace.org


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