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VENDÉE GLOBE SEMAINE 9: CORPS FATIGUÉS ET NERFS À VIF

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Dans une grosse semaine on saura qui est le grand vainqueur du huitième Vendée Globe. Avantage Armel Le Cléac’h pour le moment mais l’issue reste très indécise, tant Alex Thomson se révèle accrocheur. Les deux leaders sont sortis du Pot au noir et rien n’est fait à plus de 2700 milles de l’arrivée aux Sables d’Olonne. Leur mental est mis à rude épreuve, les corps fatiguent… Joint ce midi dans le Vendée Live, Jérémie Beyou, 3e, reste en embuscade à l'approche de l’équateur, tandis que les inséparables Yann Eliès et Jean Le Cam tentent de recoller à Jean-Pierre Dick pour une place au pied du podium. Derrière Nandor Fa qui a franchi le cap Horn ce matin à la 8e place, plusieurs duels se mettent en place dans le Pacifique, dont celui opposant le doyen et le benjamin du Vendée Globe, Rich Wilson et Alan Roura…

Casse-tête mais pas casse-bateau

Après 64 jours de mer, la fatigue physique et mentale se fait pleinement ressentir pour les 18 marins encore en course. « De temps en temps il y a un petit manque de tonicité qu’on ne ressentait pas au départ », admet Jérémie Beyou (Maître CoQ). Mentalement aussi le poids des nombreuses journées passées dans des conditions spartiates et hostiles se fait ressentir, notamment pour les deux hommes de tête dont les nerfs sont mis à l’épreuve par une remontée de l’Atlantique complexe d’un point de vue stratégique.

Armel et Alex sont (enfin) sortis du Pot au noir. Dans une situation météorologiques « classique », ils devraient progresser au près dans des conditions casse-bateau. Il n’en est rien puisqu’ils naviguent dans un léger flux de secteur Est. Des conditions moins éprouvantes pour le matériel mais très exigeantes pour les marins qui doivent se creuser les méninges. L’enjeu est désormais de faire route vers le Nord et de se glisser dans l’Est d’une dépression qui circule au milieu de l’Atlantique et perturbe l’alizé.

Les écarts ont fait le yo-yo mais Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII) conserve pour l’instant un matelas d’avance sur Alex Thomson (Hugo Boss). Bonne nouvelle pour le Britannique : la navigation devrait se faire tribord amures jusqu’à l’arrivée aux Sables d’Olonne. Alex pourra donc s’appuyer sur son foil encore valide. Le match est loin d’être joué !

Jérémie Beyou en embuscade

Lui aussi aimerait se mêler à la lutte finale et il est prêt à exploiter la moindre défaillance d’Armel et d'Alex. Jérémie Beyou, 3e à plus de 500 milles des deux éclaireurs, croit encore en ses chances de revenir. « Devant ils sont à 500 milles et derrière à 800 milles : il est donc logique que je regarde devant, d’autant que j’ai refait plus de 500 milles de retard sur les leaders. Maintenant on va voir comment se passe le Pot au noir pour moi », dit Jérémie. Il a buté dans une zone orageuse ce matin. Mais il n’est pas encore dans le Pot au noir, où il avait souffert lors de la descente de l’Atlantique. Le scénario semble plus favorable cette fois car le Pot au noir s’annonce plus étroit que pour les premiers. Beyou fera bientôt son retour dans l’hémisphère Nord puisqu’il devrait franchir l’équateur en milieu de nuit.

Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac) tient la corde en 4e position. Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir) et Jean Le Cam (Finistère Mer Vent) s’échangent la 5e place au gré des pointages. Désormais au large du Brésil, ces deux-là ne se quittent plus depuis… le Sud de la Nouvelle-Zélande ! L’enjeu : une place dans le Top 5. Yann Eliès : « C’est une barrière importante. C’est tout bête, mais sur la page d’accueil du Vendée Globe, il n’y a que les cinq premiers qui apparaissent. » Plus de 1000 milles derrière, Louis Burton (Bureau Vallée) a passé une journée compliquée, englué dans une zone de calme au large de l’Uruguay. Mais il a de la marge sur son premier poursuivant.

Quatre duels dans le Pacifique !

Nandor Fa (Spirit of Hungary) a franchi ce matin à 7h38 (heure française) le cap Horn pour la 5e fois dans sa carrière de marin, et la deuxième dans le Vendée Globe (après l’édition 1992-1993). Place à la longue remontée de l’Atlantique désormais.

Dix concurrents naviguent encore dans le Pacifique ce soir. Un Pacifique qui porte bien son nom car les conditions y sont relativement « clémentes ».

Eric Bellion (CommeUnSeulHomme) et Conrad Colman (Foresight Natural Energy) sont les prochains concurrents attendus au cap Horn, a priori dans deux jours, le mercredi 11 janvier. Ce sera la deuxième fois pour Eric et la troisième pour Conrad. Ces deux-là se livrent une belle bagarre, poussés par un bon vent de Sud-Ouest régulier.

Au milieu du Pacifique, un autre duel met aux prises le doyen et le benjamin du Vendée Globe, Rich Wilson (Great American IV), 66 ans, et Alan Roura (La Fabrique), 23 ans. Ils sont à portée de VHF et prennent parfois le temps de discuter par ce biais, comme le racontait Rich ce midi dans le Vendée Live. Tous deux partent en chasse de Fabrice Amedeo (Newrest-Matmut) et Arnaud Boissières (La Mie Câline) qui ont ce week-end vécu des heures difficiles dans la pétole mais repartent doucement. Eux aussi naviguent au contact puisqu’ils ne sont séparés que d’une dizaine de milles.

Plus en arrière, on suit une autre lutte entre deux skippers qui ont su venir à bout de soucis techniques et poursuivent l’aventure : Didac Costa (One Planet One Ocean) et Romain Attanasio (Famille Mary-Etamine du Lys) pointent respectivement aux 15e et 16e places. « Pour Didac, il est stimulant d’avoir Romain près de lui », souligne Jordi Griso, le team manager du skipper espagnol. « Cela lui permet de comparer les choix stratégiques. En plus, les deux bateaux sont de la même génération et ils sont tous les deux un peu abîmés. »

Deux skippers plus esseulés ferment la marche. Pieter Heerema (No Way Back) progresse dans le Sud-Est de la Nouvelle-Zélande, 1000 milles devant Sébastien Destremau (TechnoFirst-faceOcean) qui a franchi la mi-parcours et retrouve les joies de la bonne glisse après son arrêt en Tasmanie.

 

Ils ont dit :

Armel le Cléac’h, Banque Populaire VIII

"J’attends toujours le vent qui est assez faible. Par rapport aux fichiers météo, la situation est loin d’être claire. Depuis deux/trois jours on a du mal à progresser vers le Nord. Nous faisons face à une activité orageuse depuis l’équateur. Le Pot au Noir est monté avec nous. Des nuages et des gros grains  se sont formés au fur et à mesure de notre progression. Depuis hier il n’y a plus trop d’orages, mais c’est très couvert, très nuageux. J’ai encore eu de la pluie cette nuit. A l’heure actuelle c’est toujours un peu chargé au niveau du Cap Vert. Nous verrons comment les choses évoluent dans la journée.
ll n’y a rien de simple. Ce n’est pas le schéma classique. On est dans une situation météo vraiment anormale pour cette période de l’année et je ne sais pas pourquoi, ça sort de mes compétences en météo (rires). Physiquement je tiens le coup, je n’ai pas de grosses manœuvres à faire, c’est plutôt plein de petits réglages, c’est plus mentalement que c’est difficile. Voir qu’Alex s’est mieux sorti du Pot au noir que moi c’est dur à avaler, mais c’est comme ça. Pour l’instant on est devant, il faut conserver cette avance ! " 

Jérémie Beyou, Maître CoQ

"Je ne suis pas sorti du grain. Je suis sous la pluie mais au moins j’avance. Je ne sais pas si c’est une bonne nouvelle. Si le grain progresse avec moi vers le Nord je vais avoir du mal à m’en dépatouiller. La nuit a été compliquée. J’ai vu les nuages bourgeonner avant d’être complètement arrêté il y a quelques heures. J’ai refait plus de 500 milles de retard sur les leaders donc je suis tenté de regarder devant. Il faut voir comment se passe le Pot au Noir. J’avais le sentiment qu’il serait un peu plus clément pour moi. J’étais un peu surpris d’être arrêté comme ça ce matin alors que je n’y suis pas encore. Il peut encore se passer des choses sur la remontée. Devant ils sont à 500 milles et derrière à 800 milles : il est donc logique que je regarde devant.
Physiquement ça commence à tirer. De temps en temps il y a un petit manque de tonicité qu’on n’avait pas au départ. Au départ tu es frais mais techniquement tu maîtrises mieux maintenant, tu fais les manoeuvres naturellement. Il manque juste le petit coup de peps en plus. Il y a des périodes où tu ne manoeuvres peu et d’autres où tu ne vas pas arrêter. Après il n’y a pas de bobos physiques, donc pour l’instant ça roule. Au niveau des voiles je n’ai pas de souci. Je n’ai pas de trinquette de brise mais j’ai un code 0 que j'utilise actuellement. Cela me permet de m’extirper des molles." 

Rich Wilson, Great American IV

"J’ai parlé avec Alan hier soir par VHF. J’ai de la chance avec le vent en ce moment. Le programme pédagogique que je porte est fait pour engager les jeunes, les étudiants. C’est plus facile de le faire à travers une grande aventure comme le Vendée Globe. Si les jeunes sont intéressés c’est plus facile de travailler en classe. Je suis très heureux du soutien apporté par le ministre de l’éducation en France. Je pense qu’il y a 30 pays qui participent et qui suivent ce programme. C’est incroyable. Aux Etats-Unis, beaucoup de personnes sont intéressées par cette course unique." 

Eric Bellion, COMMEUNSEULHOMME

"En solitaire, c’est un autre cap Horn. Je l’ai passé pour la première fois il y a 12 ans. J’étais excité comme un enfant avant Noël. Et là c’est exactement la même sensation, même si c’est quelque chose de nouveau. Je connais déjà la forme et l’endroit mais la façon d’y arriver est différente. Je peux vous dire qu’il est difficile là. J’ai failli ne pas vous répondre car j’ai pris une ligne de grains à 45 noeuds avec de la grêle et des vagues énormes. Tout le bateau est trempé, c’est dur. J’ai bataillé toute la nuit et toute la matinée. Ça se clame tout juste. J’ai trois ris et j’essaye de freiner un maximum. C’est quand même chaud comme endroit. Le cap Horn est magnifique mais se mérite. J’espère le passer demain matin mais je vais laisser passer le gros temps." 

Enda O'Coineen, Kilcullen Voyager-Team Ireland

"Il n’y a que les Français pour inventer une course aussi folle, une telle aventure et attirer un jeune Irlandais (rires). Qu’est-ce que je ressens maintenant ? C’était une aventure, un défi et je me sens privilégié d’y avoir participé. J’ai pris des risques et j’en assume la responsabilité. Je suis fier de ne pas avoir eu besoin d’appeler les secours. C’est un peu comme la vie, si on tombe il faut savoir se relever. On pense à l’avenir. Il y a plusieurs possibilités. SMA va bientôt arriver en Nouvelle-Zélande de Tahiti par cargo. Je pourrai peut-être charger mon IMOCA sur ce cargo. J’ai eu une proposition d’achat du bateau dans son état actuel, ce qui est très tentant. L’autre possibilité est de convoyer le bateau à Auckland. Je ne suis pas pressé de toute manière, car ma famille ne m’attend pas pour le moment...”

La semaine 9 du Vendée Globe en images!

 

 


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