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La Vendée Arctique-Les Sables d’Olonne, dont la troisième édition bat actuellement son plein, est une course à part dans le calendrier IMOCA. Une épreuve unique qui emmène les skippers dans des eaux que n’explore aucune autre compétition de voile océanique.

Avec un parcours aussi simple dans son principe qu’exigeant dans sa réalité, la Vendée Arctique entraîne les IMOCA du golfe de Gascogne jusqu’aux portes du cercle polaire arctique avant un long retour vers le sud. Une trajectoire qui conduit la flotte jusqu’à cette frontière invisible située aux alentours de 66° Nord, latitude au-delà de laquelle le soleil ne se couche jamais en été et ne se lève plus en hiver. Un monde à part, miroir septentrional du cercle antarctique et de ses immensités australes.

Pour les huit skippers encore en course, emmenés par Sam Goodchild sur MACIF Santé Prévoyance, désormais engagé sur la route du retour après avoir franchi le cercle polaire jeudi, cette course ouvre un nouveau champ de perceptions. Plus qu’un défi sportif, elle offre une expérience singulière, loin des repères habituels de la course au large.

Cinquième à bord de 11th Hour Racing, l’Italo-Américaine Francesca Clapcich confie avoir été surprise par ce Grand Nord qu’elle découvre pour la première fois. Entre la lumière omniprésente, les journées sans fin et une atmosphère aussi froide qu’enveloppante, la navigatrice découvre un environnement radicalement différent de tout ce qu’elle avait connu jusqu’ici.

 

« Je ne sais pas si je me sens plus proche du pôle Nord, mais lorsque je regarde la carte et la latitude à laquelle nous évoluons, je me dis : “Waouh, on est vraiment très haut !” », sourit Francesca Clapcich à l'approche du waypoint virtuel situé au nord-est de l’Islande. « On ne s’en rend pas forcément compte au quotidien. C’est seulement en prenant du recul, en regardant le globe dans son ensemble et en voyant notre petit point perdu au milieu de l’océan, que l’on réalise où l’on se trouve réellement. »

Pour la navigatrice, ce Grand Nord évoque par bien des aspects les mers australes qu’elle a arpentées lors de The Ocean Race 2017-18. « C’est très particulier de naviguer aussi loin au nord. D’abord parce que je n’étais jamais venue ici, mais aussi parce que l’environnement est totalement différent. Je m’attendais à retrouver quelque chose de proche de l’océan Austral, avec des ciels gris, des dépressions qui s’enchaînent et des journées exigeantes à bord. Et finalement, c’est assez fidèle à cette image. »

Au-delà de la performance sportive, la skipper de 11th Hour Racing mesure surtout le caractère exceptionnel de cette aventure. « Nous sommes seulement quelques skippers à avoir la chance de naviguer en IMOCA dans ces régions du monde. Il ne faut jamais oublier à quel point c’est un privilège d’être ici et de vivre cela. C’est une expérience rare, et j’essaie d’en profiter pleinement. »


Quelques dizaines de milles plus au sud, Nico d’Estais partage ce même sentiment d’évoluer hors des repères habituels. Sixième à bord de Café Joyeux, unique IMOCA à dérives droites engagé sur la course, le marin français avoue ressentir une forme d’étrangeté dans ces latitudes reculées. « En regardant la carte, je me suis rendu compte que nous n’étions finalement pas tellement plus loin de la maison que lors d’une traversée de l’Atlantique. Pourtant, la sensation est complètement différente. On a vraiment l’impression d’être au bout du monde. »

Une impression qui nourrit aussi son imaginaire. « C’est un vrai bonheur d’être ici. Les contrastes sont magnifiques et l’atmosphère est unique. Enfant, j’ai grandi avec les récits des grands explorateurs, d’Ernest Shackleton notamment, et de tous ceux qui ont repoussé les frontières des régions polaires. Forcément, naviguer ici a une saveur particulière. »

 

Va2026 2606111128 20260611 cafejoyeux img 0375 0 high resolution© © Nico d'Estais #VALS2026

À l’approche du point de passage virtuel, situé à moins de 100 milles de son étrave, Nico d’Estais s’attend encore à changer d’univers. Plus il remonte vers le nord, plus le thermomètre baisse.

« Une fois la dépression qui nous sépare du cercle polaire franchie, je vais récupérer un flux directement venu de Norvège. Je pense que c’est à ce moment-là que je toucherai vraiment au Grand Nord », explique le skipper de Café Joyeux. « Pour l’instant, j’en vois surtout les bons côtés. Il ne fait jamais nuit, ce qui est particulièrement appréciable lorsqu’il faut régler les voiles. On voit parfaitement ce qui se passe à bord. Je m’y suis bien adapté et, honnêtement, je préfère largement la lumière permanente à la nuit permanente. »

À bord de 11th Hour Racing, Francesca Clapcich découvre elle aussi les particularités de ces hautes latitudes. Pour les manœuvres sur le pont, la navigatrice s’équipe comme pour une expédition : cagoule, gants en néoprène, veste et pantalon d’alpinisme sont désormais de rigueur. Mais c’est surtout la lumière omniprésente qui continue de la dérouter.

« Ce qui m’a le plus marquée, c’est de traverser un front avec 30 nœuds de vent en plein jour alors que nous étions censés être au milieu de la nuit », raconte-t-elle. « En réalité, il faisait simplement un peu plus sombre, comme dans un long crépuscule. On sent que l’heure avance, mais il ne fait jamais vraiment nuit. C’est assez fou. Je me demande comment les Islandais ou les habitants de ces régions gèrent leur rythme biologique. Nous sommes tellement habitués à vivre au rythme de l’alternance entre le jour et la nuit. »

Si les eaux islandaises sont réputées pour leur richesse biologique, la présence de nombreux navires de pêche en témoigne, la skipper reconnaît avoir eu peu d’occasions d’observer la faune. Entre les exigences de la course et le pilotage en solitaire de son IMOCA à foils, les moments de contemplation sont rares. « J’ai retrouvé mes amis les macareux, mais je n’ai pas vu beaucoup d’autres animaux. Cela ne signifie pas qu’ils ne sont pas là, simplement que je passe très peu de temps sur le pont. »


Naviguer à plusieurs centaines de milles des côtes et loin des routes habituelles peut aussi nourrir un sentiment d’isolement. Une réalité que Nico d’Estais relativise. « Le principal danger reste toujours le même : tomber à l’eau. Et cela peut arriver aussi bien près des côtes qu’au milieu de l’océan. »

Le marin reconnaît néanmoins que l’éloignement change la donne lorsqu’un problème survient à bord. « C’est vrai que l’on est beaucoup plus loin de tout. Si quelque chose casse, il n’est pas question de faire demi-tour et de rentrer réparer à la maison. »

Sous le soleil de minuit, entre dépressions venues de l’Atlantique Nord, lumières irréelles et immensités désertes, la Vendée Arctique offre aux marins une expérience rare. Celle de repousser les frontières habituelles de la course au large et de découvrir un océan aussi exigeant que fascinant.