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Cet hiver, alors que l'IMOCA était en chantier, Scott Shawyer, président et skipper de Canada Ocean Racing, n’est pas resté les bras croisés.

Cette phase de préparation a été intense et concrète, mais pas toujours là où on l’attendrait. « J’ai essentiellement appris à naviguer… depuis mon salon », confie Scott.

Les chaises se sont transformées en winchs, un coussin a pris la place d’une voile. Pas à pas, il a répété les manœuvres : virements de bord, empannages, changements de voile, pour apprendre à se déplacer sur le bateau avec le maximum d’efficacité.

« Tout est question d’optimisation. Passer d’un côté à l’autre du bateau à pleine vitesse peut être compliqué, donc j’essaie de rendre chaque mouvement répétable et efficace. »

Cela peut paraître inhabituel, mais l’objectif est clair : en solitaire au large, chaque geste compte, et chaque inefficacité coûte de l’énergie.

Poser les fondations avec Alan Roberts

Une grande partie de l’hiver a été consacrée à structurer le programme. Scott a travaillé en étroite collaboration avec son coach Alan Roberts, qu’il connaît bien depuis plusieurs courses, dont la RORC Transat 2023 où ils ont établi ensemble le record de la traversée en double la plus rapide.

« Nous passons tout en revue : prévention des catastrophes, gestion des incidents. Que faire ? Comment réparer ? Et surtout, comment éviter que ça arrive ? »

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Entraîner l’esprit, même dans l’inconfort

La course au large est autant un défi physique que mental. Scott a donc consulté un psychologue du sport pour mieux gérer les moments difficiles en mer.

« Je souffre du mal de mer. Quand ça frappe, on ne peut rien faire, et on a tout le temps de ruminer… »

Apprendre à gérer ces situations a été une expérience en soi.

« J’ai découvert quelque chose sur moi-même : quand on me dit de ‘m’imaginer dans un endroit heureux’ pour détourner mon attention du mal de mer, je réalise que je ne peux pas visualiser les choses dans mon esprit. Je pensais que tout le monde le pouvait ! On a donc dû trouver d’autres stratégies. »

Contretemps et adaptation

Tout n’a pas été simple cet hiver. Un accident de vélo en octobre a laissé Scott avec une déchirure de l’épaule, encore sensible, et qui a perturbé son entraînement.

« Je suis tombé en essayant d’éviter un ami. Je suis atterri directement sur l’épaule. C’est encore douloureux, surtout pour le winch, donc j’ai dû lever le pied et laisser guérir. »

La chirurgie est exclue pour l’instant avec les courses à venir, l’accent est mis sur la rééducation et l’adaptation.

« Je suis en bonne forme grâce au renforcement et au cardio, mais l’épaule reste un défi. »

Innovation et curiosité

Derrière les coulisses, Scott explore aussi des idées nouvelles. Il teste un “co-pilote” IA pour optimiser la performance en navigation et le routage météo.

« L’idée est de comparer différents modèles météo avec les observations réelles pour identifier les plus fiables. »

C’est encore au stade expérimental, mais cela illustre sa philosophie : rester curieux, tester des idées et chercher les moindres gains possibles.


Cet hiver, Scott a construit ses compétences, affiné ses systèmes et appris à mieux se connaître.

Avec le bateau bientôt de retour à l’eau et un été d’entraînement devant lui, tout est enfin prêt. Rendez-vous au Canada.