La Solitaire du Figaro, une histoire qui ne quitte jamais les skippers IMOCA

Il n’est pas rare de voir de grands marins de l’IMOCA revenir en Figaro, même si cela reste relativement inhabituel. Cette saison, plusieurs skippers expérimentés de l’IMOCA ont justement fait ce choix.
Parmi eux figure le skipper de Charal, Jérémie Beyou, qui s’est imposé aux côtés de Paul Morvan lors du Trophée Laura Vergne en double, l’une des courses d'avant-saison de la classe Figaro cette année. Mais Beyou, triple vainqueur de la Solitaire du Figaro Paprec, et actuellement dans l’attente de la remise à l’eau de son IMOCA après d’importantes modifications, ne participera pas à l’édition de cette année.
Aux côtés de Beyou, le skipper de Paprec et deuxième du dernier Vendée Globe, Yoann Richomme, a lui aussi testé ses compétences lors des premières courses de la saison en classe Figaro. Mais ses espoirs de participer à la Solitaire du Figaro se sont envolés après s’être cassé trois côtes lors du Trophée BPGO, le contraignant à transmettre son projet à son co-skipper de début de saison à Martin Le Pape.
Deux autres skippers IMOCA seront cependant au départ de la 57e édition du Figaro, qui s’élancera dimanche de Perros-Guirec, en Bretagne, vers Vigo en Espagne. Il s’agit de Loïs Berrehar, dont le nouvel IMOCA aux couleurs de Banque Populaire sera mis à l’eau l’année prochaine, et de Nico Lunven, qui a terminé son premier Vendée Globe lors de la dernière édition à la barre de Holcim-PRB à une remarquable 6e place.
Nous avons rencontré Lunven alors qu’il terminait sa préparation à bord de son Figaro PRB pour sa 10e participation à La Solitaire du Figaro, une compétition qu’il a remportée à deux reprises, en 2009 et 2017, mais auquel il n’avait plus participé depuis presque dix ans. Le Français au tempérament discret, dont le palmarès en IMOCA comprend une impressionnante série de places dans le top 5, ainsi qu’une troisième place lors de la dernière The Ocean Race à bord de Team Malizia, arrive prêt après avoir remporté deux des courses de début de saison avec une équipe PRB comprenant le jeune espoir français Tom Goron.
Lunven attribue modestement ces succès à Goron. « J’ai été un peu surpris par les résultats, mais d’un autre côté c’était en double avec Tom, qui est un très bon marin, très talentueux », a-t-il confié à la Classe IMOCA. « Mais maintenant je serai seul, donc j’aimerais conserver cette dynamique. En solitaire, ce sera forcément un autre jeu et malheureusement Tom ne sera pas à bord cette fois. Mais cela va être un bon exercice et je suis heureux de revenir sur cette course en solo. »
© Alexis Courcoux
Lunven explique que l’aspect monotype du Figaro BENETEAU 3 à foils rend la classe Figaro à la fois plus difficile et plus simple que l’IMOCA.
« D’un côté, il est beaucoup plus simple de mettre en place tout le projet, parce que le bateau est beaucoup plus petit et qu’il s’agit d’une classe monotype, donc on ne peut rien développer sur le bateau. De ce point de vue-là, c’est beaucoup plus simple », explique-t-il.
« D’un autre côté, une fois en mer, c’est probablement plus difficile que l’IMOCA parce que c’est une classe monotype : tout le monde a le même bateau et il faut aller chercher chaque mètre, non pas forcément pour gagner quelque chose, mais au moins pour ne rien perdre », ajoute-t-il. « Donc c’est très difficile. Mais c’est aussi l’une des raisons pour lesquelles j’ai décidé de revenir en Figaro cette année et pourquoi je suis heureux d’être là pour me battre dans cette magnifique classe. »
Dans le sport professionnel en général, il est rare de voir des athlètes de classe mondiale “redescendre” de catégorie alors qu’ils sont encore au sommet de leur art, avec le risque inhérent de se faire battre par des concurrents plus jeunes. Mais Lunven a accepté ce risque avec enthousiasme et ne considère absolument pas la classe Figaro comme un retour en arrière ou un déclassement.
« C’est un choix risqué, je le sais », dit-il. « Mais je n’ai pas l’impression de revenir à un niveau inférieur. Je vais vers une autre classe, un autre exercice, sur un autre bateau, mais pas vers un niveau inférieur. En fait, c’est peut-être même un niveau supérieur, je ne sais pas. J’ai plutôt le sentiment d’avancer en faisant cela. C’est un choix risqué, mais c’est ce que je voulais faire parce que je voulais quelque chose d’encore plus exigeant et, pour moi, revenir en classe Figaro représente un énorme défi. »
Qu’il le reconnaisse ou non, Lunven prendra le départ de cette course - avec une deuxième étape entre Vigo et Pornichet, puis une troisième et dernière manche jusqu’au Havre - comme l’un des favoris d’une flotte remplie de prétendants à la victoire. Parmi eux figurent Loïs Berrehar, deuxième en 2023 et troisième en 2024, l’Irlandais Tom Dolan, vainqueur en 2024, ainsi que les déjà cités Tom Goron et son compatriote très estimé Hugo Dhallenne.

Lunven tentera de rejoindre le cercle très fermé des six skippers, dont Beyou, ayant remporté trois fois la Solitaire du Figaro. Mais il rejette l’idée d’être considéré comme l’un des favoris.
« Honnêtement, je ne me sens absolument pas favori, pas du tout », affirme-t-il. « Je ne suis absolument pas dans cet état d’esprit et je suis entièrement concentré sur la préparation du bateau et ma propre préparation. »
Et qu’en est-il de son âge face à des concurrents bien plus jeunes ? Le maître navigateur de 43 ans, qui avait remporté le classement bizuth de la Solitaire du Figaro dès 2007, assure que ce n’est pas un problème, ni en termes d’endurance, ni de forme physique ou mentale.
« Je ne ressens aucune faiblesse liée à mon âge ou quoi que ce soit de ce genre », dit-il, ajoutant qu’une grande partie du travail physique sur un Figaro est plus facile que sur un IMOCA, avec des voiles plus petites à changer ou déplacer.
Le skipper de PRB estime que son expérience en IMOCA lui profite dans ce retour au Figaro, notamment grâce à tout ce qu’il a appris en matière de météorologie dans la classe autour du monde.
© anne beauge
« Je pense que j’ai probablement une meilleure compréhension de ce qui se passe en termes de stratégie à long terme », explique-t-il.
Les trois semaines à venir s’annoncent fascinantes pour voir comment Lunven va se comporter dans ce qui reste l’un des exercices les plus exigeants de la voile mondiale. Lorsqu’il franchira la ligne d’arrivée du Figaro, il replongera immédiatement dans l’IMOCA, en intégrant l’équipage du DMG Mori Sailing Team dans la préparation de l’Ocean Race Atlantic, qui partira de New York le 1er septembre.
Il ne participera pas à la Route du Rhum – Destination Guadeloupe en novembre, mais il sera routeur météo pour Armel Le Cléac’h sur le maxi-trimaran Banque Populaire XI lors de cette course. Lunven aimerait beaucoup retenter un Vendée Globe, mais il affirme ne rien avoir de concret pour l’instant.
« Oui, j’aimerais énormément le refaire », confie-t-il, « mais le temps passe toujours trop vite pour ce genre de projet et, pour l’instant, je n’ai rien en poche pour le Vendée Globe 2028… »
Ed Gorman
Info Teams
Le nouvel IMOCA de Thomas Ruyant en quête de partenaires
Le tenant du titre de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, Thomas Ruyant, et l’écurie de course au large TR Racing mettront à l’eau fin juin leur nouveau bateau.
•••Classement du championnat
| 01 | Sam GOODCHILD
MACIF SANTÉ PRÉVOYANCE | 50.00 pts | |
| 02 | Corentin HOREAU
MACSF | 45.00 pts | |
| 03 | Violette DORANGE
INITIATIVES-CŒUR | 40.00 pts | |
| 04 | Elodie BONAFOUS
ASSOCIATION PETITS PRINCES - QUÉGUINER | 38.00 pts | |
| 05 | Francesca CLAPCICH
11TH HOUR RACING | 36.00 pts | |
| 06 | Nico D'ESTAIS
CAFÉ JOYEUX | 35.00 pts | |
| 07 | Arnaud BOISSIÈRES
APRIL MARINE - RECHERCHE CO-PARTENAIRE | 34.00 pts |