Pierre-Louis Attwell, nouveau skipper en IMOCA avec un message hors du commun

Difficile de ne pas être impressionné par Pierre-Louis Attwell. Arrivé cette année dans la Classe IMOCA, le navigateur entend se faire un nom non seulement comme marin ambitieux, avec en ligne de mire le prochain Vendée Globe, mais aussi comme porte-voix engagé des personnes touchées par ce qu’il appelle les « handicaps invisibles ».
Âgé de 29 ans, né dans le Morbihan puis élevé près de Honfleur, en Normandie, où il a fondé une école de voile locale, Attwell vit depuis toujours avec la maladie de Crohn, une pathologie inflammatoire chronique incurable de l’intestin, évoluant par poussées, qui touche jusqu’à 10 millions de personnes dans le monde.
Ces cinq dernières années, le Français s’est illustré en Class40, dont il a été champion en 2024, en mettant sa carrière sportive au service d’un combat plus large : sensibiliser à la réalité vécue par les malades et démontrer que cette maladie n’empêche pas d’accomplir de grandes choses.
Avec son passage en IMOCA, et la dimension internationale incarnée par la Classe, Pierre-Louis Attwell élargit aujourd’hui son message. Il ne s’agit plus uniquement de la maladie de Crohn, mais de s’adresser à toutes les personnes vivant avec une pathologie lourde, parfois invisible au premier regard.
Le skipper parle de cet engagement avec passion, soutenu par une coalition remarquable de plus de 25 entreprises pharmaceutiques et instituts de recherche qui l’accompagnent depuis ses années en Class40 et poursuivent désormais l’aventure avec lui sous le nom d’IMOCA Resilient.

« Le Vendée Globe est le cœur sportif de notre projet », explique-t-il dans un anglais parfaitement fluide. « Bien sûr, c’est une course autour du monde, mais pour moi, c’est aussi un moyen de porter des messages forts pour tous les patients souffrant de handicaps invisibles, afin de leur montrer qu’il est possible d’avoir des rêves et de transformer ces rêves en projets concrets. »
« Vous savez, poursuit-il, la plupart de nos sponsors sont des entreprises américaines. Elles comprennent naturellement l’enjeu d’une transatlantique. Mais le symbole d’un tour du monde en solitaire, dans l’océan Austral, sans possibilité d’assistance, représente une autre dimension. C’est pour cela que nous avons décidé de passer du Class40 à l’IMOCA : pour faire évoluer notre message, qui était auparavant centré essentiellement sur les maladies digestives. »
Pour franchir ce cap, Attwell a su saisir une opportunité : le prix des anciens IMOCA devenait comparable au coût de construction d’un Class40 neuf. Soutenu par son groupe historique de partenaires, il a ainsi acquis l’ancien Lazare de Tanguy Le Turquais, un plan Finot-Conq mis à l’eau en 2007 sous le nom de DCNS, un bateau à dérives droites au riche passé sportif. Son ancien propriétaire l’accompagne activement dans cette transition.

« Nous avons une très belle relation acheteur-vendeur avec Tanguy », souligne Attwell. « Il ne nous vend pas simplement un bateau. Nous avons compris qu’il était vraiment heureux de transmettre ce projet et de nous aider à comprendre son fonctionnement. Il nous accompagne sur de nombreux sujets et navigue avec nous lors de nos premières sorties. »
La saison 2026 sera abordée étape par étape. Pierre-Louis Attwell disputera en juillet la Drheam Cup sur 1 000 milles, qui servira de course qualificative en solitaire pour la Route du Rhum – Destination Guadeloupe. Il participera ensuite au Défi Azimut-Lorient Agglomération en septembre, avant de prendre le départ de sa première grande course en IMOCA depuis Saint-Malo, lors de la Route du Rhum en novembre.
Le marin savoure pleinement ce passage en IMOCA, même sur un bateau non équipé de foils. Habitué à jouer les podiums en Class40, il ajuste désormais ses ambitions sportives en se concentrant sur la flotte des IMOCA à dérives droites.
« C’est évidemment un bateau plus grand, avec des systèmes plus complexes, comme le mât rotatif ou la quille pendulaire. Nous avons énormément de choses à découvrir », explique-t-il. « Mais après quelques jours de navigation, j’apprends progressivement à le maîtriser. Finalement, cela reste un bateau assez “normal” ; simplement plus complexe à entretenir. C’est aussi pour cela que nous devons nous entourer de personnes capables de nous accompagner dans cette transition. »
Plus jeune, Attwell a été inspiré par Damien Seguin, preuve vivante qu’il était possible de faire un tour du monde en solitaire avec une seule main. Ces dernières années, il cite également le skipper normand Louis Duc comme une source précieuse d’apprentissage pour structurer son projet, gérer son équipe et développer ses partenariats.
Et sur ce dernier point, le jeune skipper d’IMOCA Resilient semble avoir parfaitement retenu la leçon. Il a réussi à fédérer autour de lui des entreprises pourtant concurrentes sur le marché pharmaceutique. Parmi elles figurent plusieurs géants mondiaux du secteur, comme Johnson & Johnson, Pfizer, Lilly, Mayoly ou encore AbbVie.
L’un des aspects les plus marquants de cette nouvelle aventure en IMOCA est le changement d’échelle internationale qu’elle implique. Alors qu’il échangeait auparavant principalement avec les filiales françaises de ces groupes, Attwell dialogue désormais directement avec leurs directions mondiales.

« Cette semaine, par exemple, j’étais à Berlin pour rencontrer les équipes américaines d’AbbVie », raconte-t-il. « Nous espérons que les courses internationales, notamment celles qui partiront ou arriveront aux États-Unis en 2028, ainsi que la dimension mondiale de l’IMOCA et de son audience, permettront de faire grandir notre projet. Et peut-être de passer à un bateau à foils pour le Vendée Globe 2028. »
S’attaquer au Vendée Globe avec une maladie comme celle de Crohn, susceptible de se déclencher à tout moment avec des conséquences parfois lourdes, représente un défi considérable. Mais Attwell y voit avant tout une occasion de démontrer ce qu’il est possible d’accomplir.
« Les risques médicaux font partie du message et de l’intérêt même de ce projet », affirme-t-il. « Tout repose sur la préparation face aux difficultés liées à ma maladie. C’est un travail collectif mené avec toute mon équipe médicale : mon médecin, mon nutritionniste, mon chirurgien et les infirmières. »
« Ce qui m’intéresse aussi, c’est de pouvoir apporter des solutions concrètes, applicables dans la vie réelle, à travers notre communication. Il ne suffit pas de dire : “Oui, vous pouvez faire un tour du monde, vous pouvez réaliser vos rêves.” L’important est de montrer comment y parvenir. Et l’une des réponses réside dans l’innovation, pour dépasser les difficultés et repousser les limites. »
Le skipper cite notamment l’exemple d’un nouvel appareil d’échographie intestinale embarqué, qui pourrait permettre à ses médecins de suivre son état de santé à distance pendant la course.
« Nous devons également anticiper ce qui peut se produire pendant la course et réfléchir aux solutions médicales, traitements, médicaments, que nous embarquerons à bord », ajoute-t-il. « C’est passionnant et, pour moi, une manière forte de montrer aux personnes vivant avec des handicaps invisibles qu’il est possible de surmonter les obstacles. »
Ed Gorman
Info Teams
1000 Race : Sam Goodchild s’impose une nouvelle fois après une démonstration de maîtrise à bord de M…
Sam Goodchild poursuit sur sa lancée en IMOCA. Ce matin, le skipper de 36 ans a signé sa quatrième victoire dans la Classe, et sa toute première en solitaire, en remportant la 1000 Race, course d’ouverture de la saison.
•••Oliver Heer dévoile son nouvel IMOCA Embrace The Challenge avant The Ocean Race Atlantic
Le navigateur suisse au large Oliver Heer a officiellement dévoilé son nouvel IMOCA, Embrace The Challenge, présentant une nouvelle identité audacieuse inspirée des systèmes météorologiques qui façonnent la vie en mer.
•••Classement du championnat
| 01 | Sam GOODCHILD
MACIF SANTÉ PRÉVOYANCE | 50.00 pts | |
| 02 | Corentin HOREAU
MACSF | 45.00 pts | |
| 03 | Violette DORANGE
INITIATIVES-CŒUR | 40.00 pts | |
| 04 | Elodie BONAFOUS
ASSOCIATION PETITS PRINCES - QUÉGUINER | 38.00 pts | |
| 05 | Francesca CLAPCICH
11TH HOUR RACING | 36.00 pts | |
| 06 | Nico D'ESTAIS
CAFÉ JOYEUX | 35.00 pts | |
| 07 | Arnaud BOISSIÈRES
APRIL MARINE - RECHERCHE CO-PARTENAIRE | 34.00 pts |