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Nico d’Estais attend ce moment depuis toujours : prendre le départ d’une course en solitaire en IMOCA. Ce week-end, lorsque la Vendée Arctique quittera Les Sables-d’Olonne en direction du cercle polaire arctique, le skipper de Café Joyeux touchera enfin son rêve du doigt.

À 34 ans, il sera au départ à bord du seul IMOCA à dérives droites de la flotte, l’ancien Monnoyeur – Duo for a Job (ex-MACIF 2010), face à huit concurrents équipés pour la plupart des derniers foilers de la classe (voir la liste des participants). Une situation qu’il aborde avec sérénité, conscient qu’il n’a rien à perdre.

Ancien skipper en Mini 6.50 et en Class40, d’Estais a quitté en 2021 une carrière dans le conseil en stratégie pour poursuivre son ambition ultime : participer un jour au Vendée Globe. Pour lui, la pression du résultat n’existe pas encore. Son objectif est avant tout de profiter pleinement de cette épreuve aussi exigeante qu’emblématique.

« Je n’ai aucune pression en termes de résultat », explique-t-il dans un anglais impeccable, hérité de son enfance passée à Londres. « Je suis le seul bateau à dérives droites, personne ne s’attend à ce que je gagne. D’une certaine manière, je ne peux que créer une bonne surprise. Je suis plus enthousiaste que pour n’importe quelle autre course à laquelle j’ai participé. »

« La priorité, c’est de terminer le parcours, avec mon bateau intact et Nico également en un seul morceau », poursuit-il. « Ce serait déjà une réussite. Et si je peux laisser un ou deux bateaux derrière moi, je tenterai évidemment ma chance. J’y suis parvenu lors de la première course de la saison, la 1000 Race, où j’ai réussi à devancer un foiler. Si l’occasion se présente à nouveau, je ferai tout pour y parvenir. »

DSC03853 230426  MartinKeruzore © Martin Keruzore_OERT

L’objectif ultime de Nico d’Estais reste le Vendée Globe 2028, dont la Vendée Arctique constitue une étape qualificative essentielle. Assurer sa présence aux Sables-d’Olonne dans un peu plus de deux ans est donc une autre priorité majeure. Mais selon lui, cette première grande confrontation en IMOCA intervient plus tôt que prévu dans le calendrier de son projet.

« Je ne partirais jamais sur un Vendée Globe demain », confie-t-il. « C’est beaucoup trop tôt. Pour atteindre le niveau nécessaire à une telle aventure, il faut gravir les marches une à une. Chaque course représente une étape. La Vendée Arctique est une marche importante de cet escalier. Et elle arrive très tôt dans mon projet, parce que je n’ai réellement appris à naviguer seul sur un IMOCA que ces dernières semaines. Et me voilà déjà en route vers le cercle polaire arctique. Tout s’enchaîne très vite. »

Quatrième de la Transat CIC en Class40 en 2024 et deuxième de la Mini Transat 2019, le skipper reconnaît que le parcours et les conditions attendues sur cette Vendée Arctique ont de quoi impressionner. Il sait également qu’un scénario de vents faibles, qui favoriserait pourtant son bateau, reste peu probable.

« Ce n’est pas une course où l’on sait exactement à quoi s’attendre, comme sur une transat classique où l’on passe quelques jours au près avant de contourner un anticyclone puis de naviguer au portant », explique-t-il. « Ici, il s’agit d’un parcours aller-retour. On traverse les mêmes systèmes météorologiques dans deux directions différentes. On ne sait jamais vraiment ce qui nous attend, car les scénarios peuvent être extrêmement variés. »

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Depuis qu’il a pris en main ce bateau pour la saison en double l’an dernier avec notamment une 13e place sur la Transat Café L’OR aux côtés du Suisse Simon Koster — Nico d’Estais poursuit son apprentissage en solitaire sur une machine de course particulièrement exigeante.

« Les IMOCA sont extrêmement complexes, plus complexes et plus difficiles à naviguer que tous les bateaux sur lesquels j’ai navigué auparavant », souligne-t-il. « Jusqu’ici, j’ai surtout couru en Mini et en Class40. En IMOCA, tout repose sur le respect rigoureux des procédures lors de chaque manœuvre : prendre un ris, virer de bord ou empanner. »

« J’essaie d’effectuer ces manœuvres toujours de la même façon et dans le bon ordre. Dès que l’on s’écarte de la procédure, les erreurs arrivent. Et sur ces bateaux, une erreur devient immédiatement un problème important. On peut casser du matériel et provoquer des dégâts coûteux. Plus que sur n’importe quel autre support, j’ai appris à suivre les procédures à la lettre. »

Désormais, toute son attention est tournée vers dimanche et l’émotion du départ. Aux côtés de huit autres skippers, il s’élancera du chenal des Sables-d’Olonne avec les eaux islandaises de la Vendée Arctique en ligne de mire. Un moment particulier pour ce marin aussi talentueux qu’enthousiaste, nouveau venu dans la plus prestigieuse classe de course au large en solitaire.

« Mon rêve a toujours été de naviguer en IMOCA », conclut-il. « Lorsque j’étais enfant à Londres, j’ai vu l’arrivée d’Ellen MacArthur dans le Vendée Globe 2000-2001. Depuis ce jour, j’ai toujours rêvé de participer au Vendée Globe et de devenir marin. »

« Quand j’ai quitté mon emploi pour me lancer en Class40, mon objectif était de rejoindre un jour la classe IMOCA. Alors oui, dimanche sera une journée très particulière pour moi lorsque je descendrai le chenal des Sables-d’Olonne... »

Par Ed Gorman (traduit de l'anglais)