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Des milliers de passionnés de course au large, partout dans le monde, suivent la Route du Rhum-Destination Guadeloupe et s'interrogent : pourquoi autant de skippers et de bateaux rencontrent-ils des difficultés au milieu de la course ?

Après tout, cette transatlantique hivernale est censée être une belle chevauchée au portant dans les alizés, cap sur les Caraïbes, non ?
Eh bien, pas cette fois. De manière inhabituelle, la dépression qui sévit généralement au départ de cette classique entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre, transformant le golfe de Gascogne et la partie est de l'Atlantique Nord en véritable chaudron, a cette fois été rencontrée au large des Açores.

Cette zone constitue habituellement la porte d'entrée vers la partie plus clémente de la course, où les concurrents peuvent enfin profiter de conditions portantes. Mais cette année, elle a été le théâtre de plusieurs chavirages chez les multicoques – dont celui de l'Ultim Banque Populaire XI – ainsi que d'une série d'avaries dans la flotte IMOCA. Parmi les incidents marquants, les blessures de Jérémie Beyou (Charal) et d'Ambrogio Beccaria (Allagrande MAPEI), qui les ont contraints à l'abandon, ainsi que les dégâts subis par les IMOCA d'Armel Tripon (Les P'tits Doudous) et de Francesca Clapcich (11th Hour Racing).

En cinq jours de course particulièrement intenses, le scénario a connu plusieurs rebondissements : un départ rapide au portant, puis un tableau météorologique exceptionnel lorsque les leaders ont rencontré un front stationnaire orienté nord-sud au-dessus des Açores, et désormais une profonde dépression qui met à rude épreuve l'ensemble de la flotte.

Dans les premiers jours, les favoris annoncés, Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance) et Ambrogio Beccaria (Allagrande MAPEI), ont dominé la flotte, jusqu'à ce que le front météorologique vienne complètement rebattre les cartes. Alors que Corentin Horeau (MACSF), qui occupait la troisième place, est parvenu à franchir cette zone pour aller chercher les puissants vents de nord à l'ouest du front, Goodchild et Beccaria s'y sont retrouvés piégés.
Capture d’écran 2026 11 06 à 09.37.48© Lorenzo Sironi / Allagrande MAPEI

Et ils n'ont pas été les seuls. Sébastien Simon (Groupe Dubreuil-Air Caraïbes), qui espérait marquer les esprits sur son nouveau bateau et se trouvait le plus au nord de la flotte, a payé au prix fort son mauvais positionnement. À un moment donné, il ne comptait pourtant que 40 milles de retard au nord de MACIF. Mais ce décalage a fait toute la différence : tandis que Goodchild parvenait à redescendre vers le sud pour retrouver le vent, Sébastien Simon est resté prisonnier du système météorologique et a dégringolé jusqu'à la 18e place. Son cauchemar ne s'est pas arrêté là : il a ensuite dû affronter le cœur de la tempête, tout en tentant de revenir dans le match. Ce matin, il pointait à 500 milles au nord de MACIF.

Plus au sud, Francesca Clapcich et Maxime Sorel (Vaincre la Mucoviscidose) ont, quant à eux, réussi à couper par l'intérieur et à tirer profit de la situation pour remonter au classement. Ils étaient poursuivis par Davy Beaudart (Bureau Vallée), ainsi que par les premiers concurrents sur IMOCA à dérives : Nicolas d'Étais (Café Joyeux), Sébastien Marsset (Foussier) et Pierre-Louis Attwell (Resilient), auteur d'un excellent début de course dans la Classe IMOCA.

Mais jusqu'à présent, cette course porte avant tout le nom de Corentin Horeau. Échappé en tête, il n'a jamais regardé derrière lui. Le skipper a lui-même eu du mal à croire à une telle réussite : son choix d'attaquer de front le système météorologique s'est révélé particulièrement payant. Il a remporté le gros lot au nord des Açores et continue depuis d'en récolter les bénéfices. À l'heure actuelle, la Route du Rhum en IMOCA s'est presque transformée en course à la deuxième place. Horeau file sur la route directe vers la Guadeloupe, avec une avance impressionnante de 275 milles sur son dauphin, Boris Herrmann (Malizia 4).

Autre fait marquant de ces deux derniers jours : la remontée spectaculaire de Sam Goodchild. À un moment donné, le skipper franco-britannique était retombé jusqu'à la huitième place. Mais il n'a pas laissé ce mauvais coup du sort, lié à ses choix de routage, prendre le dessus. Il a su rebondir et retrouver le rythme de la course.
DSC03859 230426 MartinKeruzoré© Martin Keruzore_OERT

Ce matin, après avoir dépassé Francesca Clapcich – pénalisée par la perte de son bout-dehors –, Goodchild a retrouvé la troisième place et lorgne désormais sur la position de Boris Herrmann. La suite promet d'être passionnante : parviendront-ils à revenir sur Horeau, qui est actuellement en passe de vivre une Route du Rhum de rêve pour sa première participation à l'épreuve ?

Nous avons également eu la chance de recueillir ce matin les réponses de Nicolas d'Estais à nos questions. Le skipper semble prendre cette course particulièrement exigeante avec beaucoup de sérénité, lui qui domine actuellement la flotte des IMOCA à dérives.

Jusqu'à présent, il n'a rencontré aucun problème. « Le bateau est à 100 % de son potentiel et n'a subi aucun dommage », nous a-t-il confié. « Je traverse actuellement une zone météorologique difficile, avec des vents de 30 nœuds ou plus. Je croise donc les doigts pour que tout se passe bien. »

Le skipper de Café Joyeux a réussi à éviter les pièges tendus au nord en anticipant son approche de la dépression qui domine désormais le parcours. « La principale décision stratégique que nous avons dû prendre concernait la manière de traverser cette dépression au-dessus des Açores », explique-t-il. « C'est elle qui guide nos trajectoires depuis notre sortie de la Manche. Ma priorité était de naviguer en sécurité. J'ai donc choisi une route aussi directe que possible, afin de rester le plus au sud possible lorsque la dépression se renforcera. Je suis heureux d'avoir trouvé un passage par le centre du système : j'ai eu de la chance ! »

D'Estais compte actuellement 50 milles d'avance sur Sébastien Marsset, son poursuivant direct dans la flotte des IMOCA à dérives droites. Il souligne l'intensité de la bataille dans ce groupe depuis le départ et précise également avoir réussi à rester au contact d'Arnaud Boissières, à bord de l'IMOCA à foils April Marine.

Pour Café Joyeux, la stratégie est désormais claire : poursuivre sa route vers le sud tout en privilégiant la sécurité. « Une autre dépression devrait arriver après celle-ci. Je commence donc déjà à étudier la meilleure manière de négocier ce prochain système », explique Nicolas d'Estais. Avant d'ajouter, avec un brin d'ironie : « Les systèmes météorologiques que nous avons rencontrés ressemblent davantage à une configuration de Transat CIC (Lorient-New York) qu'à une Route du Rhum, si vous voulez mon avis ! »

Ed Gorman (traduit de l’anglais)