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Novice de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe, il n’a pas fallu longtemps à la skippeuse italo-américaine Francesca Clapcich pour comprendre ce qui fait la singularité de cette grande classique transatlantique en solitaire, disputée tous les quatre ans.

À peine arrivée à Saint-Malo, où son bateau, 11th Hour Racing, est désormais amarré sur les quais du village de course, elle confie : « J’ai la chance de participer à de très grands événements depuis longtemps, donc je sais que celui-ci est un sacré morceau. Mais ce n’est pas une course comme les autres : il y a quelque chose de magique. »

« C’est la première fois que je viens sur ce village départ, ajoute-t-elle. C’est assez spécial de voir ce que cette course représente vraiment. Peu de gens dans notre équipe ont déjà vécu une course comme celle-ci, donc c’est une découverte pour tout le monde. Le village nous permet de rencontrer le public et les associations locales, et nous avons concocté un très beau programme ici. Pour l’instant, tout se passe vraiment très bien. »

Pour Francesca Clapcich, ces 3 542 milles nautiques représentent l’ultime défi d’une première saison pleine réussie à la barre de 11th Hour Racing, au cours de laquelle elle a bouclé trois courses. Son meilleur résultat, elle l’a signé avec son équipage sur The Ocean Race Atlantic, où elle a terminé juste derrière Paul Meilhat et son équipe de United by the Ocean, dans un duel serré pour la deuxième place.

Résultat : elle partira sur sa première Route du Rhum en tête du classement provisoire des IMOCA Globe Series 2026. Elle décrochera le titre devant son plus proche poursuivant, Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance), en grande forme, à condition de franchir la ligne à Pointe-à-Pitre dans les six premiers, que Sam Goodchild l’emporte ou non.

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Pour elle, il ne fait aucun doute que cette course est le point d’orgue de sa saison, l’échéance vers laquelle elle monte en puissance depuis ses précédents tests, comme la 1000 Race et la Vendée Arctique, deux épreuves qu’elle a terminées à la cinquième place. « C’est une étape majeure, explique-t-elle à propos de la Route du Rhum. Pour moi, ce n’est pas seulement une marche de plus vers le Vendée Globe : c’est une course importante en soi. Au sein de l’équipe, les choses sont claires : c’est l’objectif de la saison, et nous voulons performer. Il faut donc l’aborder comme une grande course, pas comme une case à cocher dans notre préparation du Vendée Globe. »

À 38 ans, Francesca Clapcich a débuté sa carrière sportive dans les classes olympiques avant de rejoindre The Ocean Race. Navigatrice chevronnée en équipage, elle est venue relativement tard à la course au large en solitaire, une discipline qui met à l’épreuve la volonté, le caractère et l’autonomie, et qu’elle est impatiente d’affronter.

« C’est un gros défi pour moi, confie-t-elle à propos de la course en solitaire. C’est quelque chose que je veux me prouver à moi-même : que j’en suis capable, et que je peux le faire bien. Tout l’enjeu, c’est de gérer le bateau seule pendant toute la course. Je trouve ça motivant, voire excitant. »

Elle sait pertinemment ce qu’une course de onze jours environ va exiger d’elle, et à quel point ces exigences diffèrent de celles d’une navigation en équipage. « Naviguer en solo, ça change tout. En ligne droite, les performances du bateau sont à peu près les mêmes, que l’on soit en équipage ou en solitaire. Mais seul, il faut réfléchir à chaque manœuvre : combien de temps elle va prendre, combien de temps va coûter un changement de voile. Il faut raisonner beaucoup plus sur le long terme. En équipage, on peut parfois s’en sortir en forçant. Seule, ce n’est pas possible. »

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Francesca Clapcich s’est préparée avec rigueur. Elle sait que cette course ne se résume pas à survivre aux premiers jours, souvent éprouvants, au près dans les dépressions automnales du golfe de Gascogne et de l’Atlantique Nord, puis aux alizés : l’arrivée compte tout autant.

« Toute la course est difficile,dit-elle. Le départ, c’est une chose, mais il faut aussi atteindre l’arrivée, pas frais, mais avec encore un peu de lucidité. Le contournement de la Guadeloupe n’est pas simple, et c’est là qu’on peut commettre de grosses erreurs. Il s’agit donc surtout de se gérer soi-même et de savoir ce que l’on peut raisonnablement faire avec le bateau. »

Un top 6 semble à sa portée, mais dans les faits, ils sont nombreux, parmi les 22 IMOCA engagés dans cette 13e édition de la Route du Rhum, à viser ces places. Outre Sam Goodchild, Francesca Clapcich devra composer avec son compatriote italien Ambrogio Beccaria (Allagrande MAPEI), lui aussi néophyte de la Route du Rhum en IMOCA. Parmi les autres prétendants au top 6 figurent Sébastien Simon (Groupe Dubreuil-Air Caraïbes), Jérémie Beyou (Charal), Boris Herrmann (Malizia 4), Elodie Bonafous (Association Petits Princes-Quéguiner), Corentin Horeau (MACSF) et Violette Dorange (Initiatives-Cœur).

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La campagne IMOCA de Francesca Clapcich a pour objectif le Vendée Globe 2028, mais au delà du sport, elle compte parmi les skippers les plus engagés de la classe lorsqu’il s’agit de porter ses valeurs : son attachement à la diversité, à l’équité et à l’inclusion, aux droits de la communauté LGBTQ+, ainsi que son combat pour alerter sur la menace climatique et l’importance d’un mode de vie durable.

Sur cette course, elle veut montrer que chacun peut atteindre ses rêves, aussi exigeant que soit le défi. « J’ai été inspirée toute ma vie par d’autres personnes, en particulier des femmes et des marins qui ont accompli des choses incroyables avec leurs propres projets, raconte la navigatrice. Parfois, je ressens une responsabilité, comme si c’était à mon tour de montrer ça à quelqu’un d’autre.

« Au bout du compte, je suis quelqu’un de plutôt normal, ajoute-t-elle. Je ne suis pas plus spéciale que n’importe qui. C’est pourquoi c’est important pour moi de montrer qu’on peut suivre ses rêves et se battre. Neuf portes peuvent se fermer devant vous : il suffit qu’une seule s’ouvre pour que les choses se mettent en marche. »

Ed Gorman