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Vainqueur de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe en IMOCA il y a quatre ans, Thomas Ruyant suit avec attention les rebondissements de cette nouvelle édition. Depuis le départ donné dimanche, le skipper dunkerquois reconnaît être littéralement captivé par le suivi de la course et la cartographie.

Le marin expérimenté, actuellement à la recherche d'un nouveau partenaire titre pour mener à bien son projet en vue du Vendée Globe 2028, se montre particulièrement impressionné par la performance de son compatriote Corentin Horeau, à la barre de MACSF. Ce dernier a pris cette Route du Rhum à bras-le-corps et s'est rapidement imposé comme l'homme fort de la course.

Après un bon départ et une présence constante aux avant-postes durant les premières heures, Corentin Horeau a fait le choix de mettre le cap à l'ouest, en longeant le nord des Açores. Une option qui lui a permis de franchir la dorsale anticyclonique stationnaire dans laquelle se sont retrouvés piégés tous ses poursuivants. Parmi eux figurent notamment les premiers leaders et favoris de l'épreuve, Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance) et l'Italien Ambrogio Beccaria (Allagrande MAPEI).

Une fois cette zone météo délicate franchie, le skipper de MACSF a pu mettre le cap au sud dans un flux soutenu de nord. En prenant les commandes de la flotte, il a progressivement creusé l'écart. Son avance sur son actuel dauphin, Boris Herrmann (Malizia 4), approche désormais les 175 milles nautiques. Francesca Clapcich, troisième à bord de 11th Hour Racing, pointe quant à elle à seulement quelques milles de l'Allemand.

« Bien sûr, nous connaissons les qualités de marin de Corentin », souligne Thomas Ruyant à propos du skipper de 37 ans, vainqueur de la Solitaire du Figaro en 2023 et qui a qualifié les dernières 24 heures de navigation de véritable rêve. « Mais ce qui est particulièrement impressionnant, c'est la qualité de son routage, qui lui permet de franchir l'un des principaux pièges stratégiques de cette Route du Rhum. »

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Alors que Corentin Horeau a choisi une trajectoire directe sous le vent en direction de la dorsale, Sam Goodchild et Ambrogio Beccaria, qui le devançaient encore à ce moment-là, ont opté pour un léger virement de bord vers le nord afin de se positionner pour franchir la zone par son passage le plus étroit. Une manœuvre qui s'est révélée particulièrement coûteuse : les deux skippers se sont retrouvés englués dans une zone sans vent, tandis que Horeau et les concurrents positionnés plus au sud continuaient leur progression.

« Il y a peut-être eu une petite erreur tactique avec ce détour vers le nord, voire le nord-ouest, pour se positionner avant de franchir la dorsale », analyse Thomas Ruyant. « Corentin, lui, a poursuivi sa route sans dévier de sa trajectoire. Il a comblé le léger retard qu'il avait, pris la tête de la course et dispose désormais de toutes les cartes en main pour accélérer et creuser l'écart dans les conditions actuelles. »

« C'est le choix de routage qui a fait la différence et qui s'est révélé payant pour Corentin. Il a réalisé une navigation remarquable, en suivant une route très directe, sans détour majeur. C'est ce qui lui a permis de prendre les commandes. »

Les premiers jours de cette 13e édition de la Route du Rhum, rendez-vous incontournable de la course au large organisé tous les quatre ans, ont été particulièrement mouvementés. Les 22 IMOCA ont quitté Saint-Malo dans des conditions modérées au portant, avant de voir le vent se renforcer progressivement au cours des premières 24 heures.

Dès le début de course, Violette Dorange, à bord d'Initiatives-Cœur, est entrée en collision avec Use It Again, le multicoque vintage de Romain Pilliard, anciennement mené par Ellen MacArthur sous le nom de B&Q. Les deux skippers ont été contraints de faire route vers Roscoff. Violette Dorange se trouve désormais de retour à Lorient et espère toujours pouvoir reprendre la course.

Dans la foulée, Armel Tripon, à bord de Les P’tits Doudous, a dû abandonner, victime d'une avarie de safran. De son côté, Jérémie Beyou, qui disputait sa dernière course sous les couleurs de Charal, a choisi de faire demi-tour avant de renoncer à l'épreuve pour des raisons médicales. Une issue particulièrement douloureuse pour le skipper, qui met ainsi un terme à dix années d'aventure avec Charal et voit s'envoler son espoir de remporter la Route du Rhum à sa cinquième tentative.

Devant les leaders, la situation météorologique s'annonce complexe et exigeante. Une vaste et profonde dépression se forme actuellement au nord des Açores. Elle pourrait générer des conditions de mer difficiles dans les prochains jours, notamment pour les concurrents qui ferment la marche de la flotte IMOCA.

« La suite de la course s'annonce vraiment intéressante », estime Thomas Ruyant. « Les skippers vont devoir emprunter un couloir assez étroit qui se présente devant eux, probablement en enchaînant quelques empannages pour le suivre. Ensuite, ils devront franchir une dorsale anticyclonique afin de retrouver un système météorologique et une zone dépressionnaire. Il faudra alors composer avec les changements de direction du vent avant de retrouver un portant assez soutenu.

« À partir de demain, ils devraient pouvoir retrouver de la vitesse et progresser sur une route relativement directe. Je pense que nous allons assister à des conditions propices à battre des records… La course pourrait devenir extrêmement rapide. »

Pour Thomas Ruyant, cette configuration météo est tout sauf habituelle sur ce parcours de 3 540 milles nautiques entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre. « Il y a énormément de stratégie à mettre en place. Ce n'est clairement pas une Route du Rhum classique, avec les alizés établis que l'on rencontre parfois sur cette traversée. Nous avons plutôt affaire à des systèmes dépressionnaires qui se développent assez loin au sud. Ce sera passionnant à suivre. »

Au-delà de la lutte aux avant-postes, Thomas Ruyant garde également un œil attentif sur la bataille entre les IMOCA à dérives. Nico D'Estais, à bord de Café Joyeux, occupe la neuvième place du classement général, avec un peu plus de 20 milles d'avance sur Pierre-Louis Attwell (Resilient). Sébastien Marsset (Foussier) complète pour l'instant le trio de tête de cette catégorie, à 17 milles supplémentaires.

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« Comme toujours, il y a une course dans la course. C'est d'ailleurs l'un des aspects fascinants de la flotte IMOCA : la bataille fait rage à tous les niveaux », souligne Thomas Ruyant. « Cependant, ces bateaux vont être confrontés à des conditions un peu plus difficiles que celles rencontrées par les leaders. Le deuxième front qu'ils vont devoir affronter est associé à la dépression qui se développe et s'enroule sur elle-même, occupant une grande partie de l'Atlantique.

Ils n'auront pratiquement pas d'autre choix que de le traverser. Des vents assez soutenus devraient concerner une bonne partie de la flotte, particulièrement les concurrents à l'arrière de la flotte des IMOCA et des Class40. »

Thomas Ruyant ne cache pas sa profonde déception de ne pas pouvoir défendre son titre sur cette édition. Initialement, le skipper envisageait de suivre la course d'un œil plutôt distrait. Mais les rebondissements successifs l'ont rapidement rattrapé. Il reconnaît désormais passer beaucoup de temps sur la cartographie et ses logiciels de routage, à tenter d'anticiper les prochaines options des leaders.

« Je me suis vraiment pris au jeu du suivi de la course, dans toutes les catégories, et particulièrement en IMOCA, parce que ce sont les bateaux que je connais le mieux. Ce n'était pas forcément ce que j'avais prévu au départ, mais je suis complètement accro ! »

En parallèle, l'ancien skipper de LinkedOut et de Vulnerable poursuit activement sa recherche d'un nouveau partenaire commercial. Un soutien indispensable pour concrétiser son projet et lui permettre de prendre le départ du prochain Vendée Globe, en 2028, avec l'ambition de jouer les premiers rôles et de se battre pour le podium.

Ed Gorman (traduit de l’anglais)