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Lundi 23 mars, à 13h02, a été donné le départ de « La Grande Evasion », une course virtuelle de 3 900 milles entre La Rochelle et Curaçao (Caraïbes).

Quatre catégories de bateaux sont représentées et cette épreuve initiée par Virtual Regatta réunit près de 130 000 concurrents ! Du côté des IMOCA, 36 000 joueurs sont en lice à ce jour, dont certains des skippers professionnels qui prendront part au Vendée Globe 2020, venus se prêter au jeu et se mesurer à des amateurs très affûtés. Si elle constitue un bon moyen de s’occuper durant la période de confinement, cette transat virtuelle permet aussi de travailler certains aspects de la performance.

« La Grande Evasion s’est montée juste avant l’annonce du confinement », raconte Philippe Guigné, créateur de Virtual Regatta.« Cela est parti d’une demande des marins qui, pour une fois, étaient disponibles pour participer à une course virtuelle. L’engouement a été immédiat. Nous avons donc mis tout ceci en place en quelques jours. Pour les skippers, c’est une bonne occasion d’aller à la rencontre de leurs fans, en venant sur leur terrain de jeu. Quant aux amateurs, ils ont la chance de se confronter à ces grands marins. Pendant le confinement, le digital explose dans tous les domaines, notamment dans le gaming. Le succès de La Grande Evasion en est une bonne illustration. » Le nombre d’inscrits à La Grande Evasion n’égale pas celui du dernier Vendée Globe virtuel, qui avait attiré 450 000 joueurs. Mais le fait d’avoir réuni 130 000 personnes en quelques jours est une belle prouesse.

« On reçoit un nombre incalculable de messages ! »

Parmi les skippers IMOCA inscrits, beaucoup disputent leur première transat virtuelle, à l’instar d’Alan Roura. « On m’en avait souvent parlé. Je me suis inscrit sur un coup de tête, cinq minutes avant le départ », dit-il. « C’est sympa car une partie de mon équipe joue et aussi pas mal de potes. En ce moment, je suis bord à bord avec Eric Péron. J’aimerais bien arriver dans les 1000 premiers. » Le skipper suisse apprécie l’interaction avec les autres joueurs. « Je reçois un nombre incalculable de messages, on me demande si je suis le vrai Alan Roura (rires), on me dit que c’est un honneur de jouer à mes côtés, c’est très sympa », se réjouit-il.

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« Je reçois aussi des centaines de messages », témoigne Jérémie Beyou (le vrai). « Au début je répondais à tout le monde mais maintenant je ne peux plus. J’en profite pour m’excuser auprès de tous ceux à qui je n’ai pas répondu. On se rend compte à travers ces messages que les publics sont très variés. Ces interactions avec des personnes issues de tous les horizons sont géniales. » Outre Alan et Jérémie, on retrouve sur 'La Grande Evasion' Sam Davies, Maxime Sorel,Louis Burton, Manu Cousin et Sébastien Destremau. Quant au tenant du titre du Vendée Globe, Armel Le Cléac’h, il est engagé en Ultime.

Ne pas y passer ses journées… et ses nuits ! 

Contrairement aux joueurs les plus assidus, les skippers interrogés ne se lèvent pas la nuit. Jérémie Beyou joue en binôme avec son fils Achille. « Au début on était au taquet mais désormais nous sommes un peu moins assidus. Globalement, on se connecte le matin et le soir », explique Jérémie. « Mine de rien, nous n’avons pas tant de temps. J’ai deux enfants et il y a tout le travail scolaire à assurer, c’est bien sûr la priorité absolue. Et malgré le contexte, n’oublions pas que nous sommes en année de Vendée Globe et il faut travailler sur le projet. Des échéances sportives très importantes nous attendent et on doit anticiper les choses, profiter du temps dont nous disposons en ce moment pour travailler sur certains dossiers. »



Jérémie Beyou constate que les leaders de La Grande Evasion en IMOCA sont à fond. « Il y a de vrais spécialistes, on peut observer qu’ils font des petits ajustements en permanence. Pour tirer son épingle du jeu, il faut être dessus 24 heures sur 24. » Nous avons contacté un amateur aux avant-postes qui confirme : « Je me connecte à chaque mise à jour de la météo (5h, 11h, 17h, 23h) et j’ajuste mes trajectoires en fonction. Je ne fais aucune différence entre le jour et la nuit. »

Pour le plaisir, mais pas seulement…

En ces temps de confinement, La Grande Evasion est l’opportunité pour les skippers professionnels de s’amuser tout en travaillant la stratégie météo et le routage. « Mon fils navigue en Nacra et a de bonnes notions de météo. Mais il ne connaît pas encore les schémas et les contraintes pour une traversée de l’Atlantique », souligne Jérémie Beyou. « Grâce à cette course virtuelle, je peux lui montrer comment on fait un routage, les grands principes météo, les notions de stratégie… C’est une première approche intéressante. »

Moins assidus que les spécialistes de Virtual Regatta, les skippers IMOCA ne jouent pas les tous premiers rôles alors que le cap de la mi course a été franchi. Mais là n’est pas l’essentiel. Ils prennent du plaisir à régater en ligne et à échanger, ce qui n’est pas anodin dans la période particulière que nous vivons.

Olivier Bourbon