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Pour le convoyage retour de la Transat Jacques Vabre en direction de la Bretagne, 11th Hour Racing Team s'est mis en configuration équipage afin de se préparer à The Ocean Race qui partira en 2021. Amaury Ross, médiaman ayant participé à trois reprises à cette course, nous raconte l'expérience sur un format qu'il ne connait pas encore.

"J'ai fait l'erreur de penser qu'un convoyage en IMOCA 60 pourrait être ennuyeux sans l'excitation de la compétition mais c'est loin d'être le cas !

Nous poussons ce bateau à fond. Charlie Dalin, vainqueur de la Transat Jacques Vabre 2019, a pris une longueur d'avance en partant 15 heures avant nous de Salavador de Bahia, en solitaire, à bord de son foiler Apivia de dernière génération mais nous l'avons doublé pendant la quatrième nuit de navigation sur notre foiler de première génération. "Je ne pense pas que les gens comprennent pleinement le potentiel de ces bateaux, " a déclaré Charlie Enright, faisant allusion au fait que les chiffres de performance des IMOCA se basent sur leur utilisation en solitaire. Nous explorons peut-être un nouveau terrain ici, en équipage.

Cependant, six personnes à bord, c'est beaucoup demander... Cela fait six jours que nous sommes à bord et je pense qu'aucun de nous n'a encore vraiment réussi à s'acclimater. Nous sommes tous à la recherche de la place idéale pour dormir mais aucun endroit semble adapté. Les fuites dans la casquette du cockpit nous prouvent que seuls un ou deux endroits sont véritablement secs donc si vous ne barrez pas, vous êtes dans la pente, mouillé, ou plus bas encore, dans la cale ou calé au fond du bateau, sur un pouf. C'est un peu comme un voyage en famille en minivan.

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Il y a deux nuits, c'était plutôt surréaliste. Une mer plate, 20-25 nœuds de vent - nous traversions l'océan dans l'obscurité totale - et nous avançions à plus de 30 nœuds. Blottis dans le cockpit, regardant le tourbillon d'embruns et le brouillard derrière nous, les sillages cumulés du foil et du gouvernail sous le vent, disparaîssaient dans le noir plus vite que tout ce que j'avais jamais vu auparavant. 31, 32, 33, 34 noeuds...le bateau continuait d'accélérer. Pas besoin de vagues pour surfer et pas besoin non plus de beaucoup de vent. Cette sensation bouleversante comme si vous étiez dans un train lancé à toute vitesse, capable de dérailler à n'importe quel moment.

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Nos listes de choses à faire ne cessent de s'allonger mais, ces derniers temps, nous nous sommes un peu plus concentrés sur la gestion de notre milieu de vie. Le plan d'eau est complexe et les conditions météorologiques changent rapidement. A bord d'un bateau que l'on découvre, il est indispensable de garder une longueur d'avance sur les conditions car des décisions importantes peuvent arriver à chaque instant. Nous faisons de notre mieux pour permettre à Charlie de se reposer après sa course du Havre à Salavador de Bahia mais son expertise et sa connaissance du bateau s'avèrent souvent essentielles. 

En attendant, la prochaine grande question est de savoir s'il faut continuer notre route vers le Nord ou pousser vers l'Ouest, un peu plus loin dans l'océan Atlantique et loin de certains anticyclones côtiers et les dévents du Cap Vert."